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Le marché mondial de l'eau : état d’urgence
Arnaud Poirier-DucrocqPublié le 11/09/11 | réactions(0)
© Erio - Flickr
L'alimentation en eau potable est un des plus grands défis de l'humanité. Il figure au nombre des objectifs du millénaire pour le développement, programme lancé en 2000 par l'ONU. On estime qu'un milliard et demi de personnes, selon la banque mondiale, n'a pas accès à l'eau potable. Au-delà de la sustentation, il y a des problèmes évidents de santé et d'hygiène. Seulement 10% des eaux en Asie sont traitées ! Cela accentue les risques d'épidémies telles que le choléra. Comme le disait Pasteur "nous buvons 90% de nos maladies", ce qui s'applique dans les pays du Sud. Des politiques publiques doivent impérativement être mises en place pour arriver à gérer l'ensemble de la gestion de l'eau.
L'eau : un bien public ?
Il n'existe pas de marché mondial de l'eau, le marché est fragmenté. Actuellement sans uniformité, il est primordial de d'augmenter et moderniser le parc des équipements (usines de production, réseaux de distribution, stations de traitement) et de réduire notre empreinte hydrique (consommation d'eau liée à l'activité humaine : élevage, agriculture, industries...).
Selon le Conseil Mondial de l'Eau, ces investissements nécessaires représentent la somme extraordinaire de 180 milliards de dollars par an pour les 25 prochaines années. Actuellement, nous en sommes à 75 milliards de dollars par an. Sont concernés les investisseurs privés, qui ne gèrent actuellement que 5% des ressources mondiales. Si le statut de l'eau est sujet à controverses (est-ce un bien privé ? Un bien public ?), il semble pertinent de confier sa gestion à des compagnies privées, de lui attribuer un prix basé sur son coût total marginal (production, acheminement, assainissement, gestion des stocks, etc...) et que la ressource soit soumise à la concurrence à l'échelle internationale. Deux choses peuvent être soulignées. D'une part, la gestion privée de l'eau ne remet pas en cause la liberté d'accès au bien, mais peut être un levier d'amélioration quand les infrastructures publiques sont incompétentes. D'autre part, ce marché ne peut être envisagé que relativement, à l'échelle régionale. En effet, le transport d'eau sur de longues distances ne peut être rentable, et des travaux d'aménagements du territoire pour changer la donne topographique, comme à l'époque du New Deal aux US, sont très coûteux en temps et en argent.
Le débat sur la privatisation du secteur fait rage. Les populations les plus pauvres seront-elles, à terme, totalement laissées pour compte ? Y'a-t-il des risques de corruption si le système est privatisé ? Alors que l'eau est un droit fondamental et indispensable ! Les deux tenants doivent trouver un compromis : assurer la rentabilité de la gestion de l'eau, tout en assurant le droit d'accès à tous. Les partenariats public-privé apparaissent comme une solution efficace (délégation au privé, réglementation...). Ensuite, il convient de fixer un prix de l'eau qui amortit les coûts en amont, et permette de financer les investissements nécessaires sur le long terme, pour l'amélioration des infrastructures. De manière générale, c'est l'ensemble des parties prenantes qui doit être impliqué dans la problématique, afin de ne pas sombrer dans une véritable crise.
Créée en 2005, l'Aquafed réunit les entreprises privées de gestion de l'eau, grandes et petites, et favorise une centralisation du traitement du problème. Certaines "big companies" peuvent gérer approvisionnement de plusieurs millions de personnes!
Vers une guerre de l'eau ?
L'eau pourrait sérieusement manquer d'ici une vingtaine d'années (croissance démographique, pollution, gaspillage...). Elle n'est pas un bien inépuisable, comme on le pensait autrefois : seulement 2,6% de l'eau présente sur terre est douce, et 2% vient des glaciers. Ainsi, nous nous retrouvons avec seulement 0,6% de l'eau qui est potable. Elle provient de lacs, rivières, fleuves et nappes phréatiques. C'est donc une ressource renouvelable mais rare. Renouvelable car le cycle de l'eau la recycle naturellement. Il y a donc une quantité disponible constante à la surface de la Terre. Sauf si l'on inclut le problème du réchauffement climatique : la fonte des réserves d'eau douce d'arctique et d'antarctique correspond à une perte nette, car en se propageant dans la mer, sa teneur en sel augmente, et elle devient impropre à la consommation.
Il y a deux types d'inégalités en relation avec l'eau : inégalité de ressources (l'Amérique Latine détient un quart des ressources en eau douce de la Planète) et inégalités de consommation (Asie = 70% de la consommation mondiale), liées au niveau de développement économique du pays. Les tensions hydriques ne concernent pas tant la démographie que les modes de vie des populations : urbanisation, surproduction, pollution, gaspillage... Par exemple, la forte bétonisation du paysage citadin empêche l'eau de pénétrer la nappe phréatique; ou encore les problèmes de canalisations des grandes villes qui entraînent des pertes importantes (30% de perte à Paris). Cela ne va pas en s'améliorant : d'ici 2025, la population mondiale sera urbaine à 60%.
Par ailleurs, il existe des conflits quant à l'usage de l'eau. Les fleuves traversant plusieurs pays sont une pomme de discorde, comme l'illustre le cas de la Turquie, qui, ayant construit des barrages sur l'Euphrate, réduit le débit d'eau en direction de la Syrie et de l'Irak, ce qui n'est pas sans déplaire à ces derniers! L'eau devient une arme stratégique.
Seulement 10% de la consommation mondiale correspond à l'alimentation. 70% est attribuée à l'agriculture, et 20% à l'industrie. L'industrie automobile, par exemple, est très consommatrice d'eau tout au long de sa chaîne de production. Les pays émergents, s'automobilisant à outrance, représentent donc une captation grandissante d'eau. Afin de définir et réduire cette utilisation, sur le même modèle que l'empreinte écologique a été lancée l'empreinte hydrique. Celle-ci calcule l'équivalence en litre d'eau d'un produit, incluant toutes les étapes de son cycle de vie. Ainsi, selon WWF, il faut 140 litres d'eau pour une tasse de café (faire pousser les plants, laver le café, le transporter, etc), 1.000 litres d'eau pour une brique de lait d'un litre, 16.000 litres d'eau pour un kilo de viande de bœuf et 3.000 litres pour un kilo de riz.
Quelle avenir pour l'eau ?
Les réserves en eau potables étant finies, de plus en plus convoitée et de plus en plus polluées (déchets, industries, destruction des écosystèmes...), nous nous dirigeons donc petit à petit vers une guerre de l'eau. Les négociations multilatérales sur l'approvisionnement en eau font déjà l'objet de débats tumultueux, que ce soit entre l'Inde et le Pakistan, ou entre la Turquie et la Syrie. L'Europe est pour l'instant relativement épargnée par ce problème. Mais jusqu'à quand? Selon une étude du WWF, 25% des fleuves européens sont surpollués.
Une nouvelle pratiques est apparue ces dernières années, sur la scène industrielle : Le dessalement de l'eau de mer. On compte actuellement environ 15 000 usines de dessalement, produisant 52 millions de mètres cubes d'eau par jour, soit 0,5% de la consommation mondiale. Le principe est simple, il reprend le cycle naturel de l'eau, mais consomme beaucoup d'énergie. Cette technologie coûte cher, tant au niveau de l'investissement que du fonctionnement, et n'est accessible qu'aux pays riches. Loin d'être une solution miracle, le dessalement de l'eau de mer doit être complémentaire avec notre nécessaire lutte contre le gaspillage. Car le problème n'est pas que nous consommons beaucoup, mais que nous consommons mal.
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